Coronavirus et travail en France :

L'approche d'Yves Veyrier, Secrétaire Général de Force Ouvrière... En effet, celui-ci était ce mercredi 1er avril, l’invité du matin de RFI. Mesures de confinement liées au coronavirus, situation sociale des salarié(e)s qui travaillent en cette période de pandémie, relance de l’économie... Il répond aux questions d’Arnaud Pontus. » sur RFI

19 millions de Français sont obligés de se rendre sur leur lieu de travail. Est-ce qu’on peut, est-ce qu’on doit les mettre à l’abri ?

Yves Veyrier : Oui, bien-sûr ! La priorité de l’action de nos syndicats partout dans le pays, y compris en Outre-Mer, est de se préoccuper de la santé et de la sécurisation des salariés mobilisés sur le terrain. Il y a bien-sûr ceux du secteur de la santé, soignants ou non, parce qu’on oublie toutes les interventions d’entreprises sous-traitantes pour le nettoyage, la sécurité, y compris dans les hôpitaux. Bien-sûr toutes les activités qui sont indispensables pour qu’un hôpital fonctionne, notamment la fourniture d’énergie…

On parle évidemment en premier des soignants, mais on parle aussi des agents de nettoyage, des livreurs, des ouvriers sur les chantiers, des routiers… il y en a beaucoup !

YV : Oui et c’est la raison pour laquelle notre intervention est double. D’une part, puisqu’on manque de moyens de protection (masques, gel, parois de plexiglas qui ne sont pas encore installées partout dans le commerce de proximité, par exemple). Nous ce que nous disons, c’est concentrons-nous sur les activités indispensables, essentielles à la population. Pour que l’on fasse en sorte de protéger au mieux et de concentrer tous les moyens dont ont besoin ces populations. Le reste, on le met de côté, on se met en confinement.

On ferme les entreprises et les services qui ne sont pas essentiels, mais comment choisir ce qui est essentiel ?

YV : Je vais vous donner un exemple assez particulier. Plusieurs entreprises dont PSA ont rouvert des lignes non pas pour fabriquer des voitures, mais pour fabriquer des respirateurs artificiels. Les salariés beaucoup moins nombreux, se sont portés volontaires et leurs conditions de travail sont sécurisées pour pouvoir participer à la fabrication de ces respirateurs dont tout le monde a besoin. On voit bien que sur le terrain, dans les branches, on est capable d’identifier ce qui est indispensable et ce qui ne l’est pas. Concentrons-nous sur ce qui est indispensable, plus vite on viendra à bout de l’épidémie et plus vite on pourra alors se préoccuper de la question de la reprise économique.

Le gouvernement dit vouloir garantir la continuité économique du pays, tout en préservant la sécurité sanitaire des salariés, ce n’est pas la bonne réponse selon vous ?

YV : Le gouvernement tient parfois des discours contradictoires. Par exemple, au titre de la continuité économique, y compris dans des secteurs essentiels, il a pris des ordonnances contre l’avis des syndicats - d’ailleurs y compris les organisations patronales n’étaient pas demandeuses - qui permettent de déroger au temps de travail. C’est-à-dire, allonger la durée de travail jusqu’à 60h par semaine et réduire les temps de repos. C’est l’inverse qu’il faut faire, dans ces secteurs indispensables, il faut plutôt ménager les salariés. Ne pas ajouter au risque épidémique, un risque sur la santé au travail, du fait de trop longues heures de travail ou d’insuffisance de repos, voire d’accidents du travail. Il faut ménager ces salariés. De plus, il y a le discours disant que le confinement est le meilleur moyen d’éviter la propagation de l’épidémie donc tout ce qui n’est pas indispensable doit rester chez soi. Travailler même lorsque vous avez mis toutes les dispositions en place en termes d’organisation du travail qui permettent la distanciation, d’avoir les protections nécessaires…Il y a la question du transport. Il faut aller au travail. Il faut se restaurer. Est-ce que ces moments-là se font aussi en conditions de sécurité, de distanciation, lorsque vous n’avez pas d’autre choix que de prendre les transports en commun. Ce qui n’est pas indispensable, encore une fois, mieux vaut mettre de côté pour venir plus rapidement à bout de l’épidémie parce qu’on aura confiné d’une part et assuré l’essentiel dans de bonnes conditions. La question de la reprise économique reviendra plus rapidement donc le coût économique sera moindre.

Le ministre de l’Économie a appelé les entreprises à verser une prime aux salariés qui sont présents, est-ce que c’est une bonne réponse ?

YV : C’est une bonne réponse, où bien-sûr, ceux qui pourront la percevoir s’en satisferont. On a mis en garde à ce que ce ne soit pas une prime contre un risque, il ne faut absolument pas que ce soit une prime de risque. Il faut que cette prime n’empêche pas qu’on applique toutes les précautions, toutes les dispositions pour protéger la santé. Ensuite, on va se confronter à une autre difficulté, tout le monde ne percevra pas cette prime au même niveau, voire pas du tout selon la santé financière des entreprises. Ce qui nous paraît important, c’est que toutes les professions, qu’on ne voyait jamais auparavant : livreurs, chauffeurs routiers, caissières… tous ces petits métiers qu’on ne voit pas habituellement. Eh bien on s’aperçoit qu’ils sont essentiels à la population. Au sortir de cette crise, il faudra absolument un grand plan de reconsidération, de revalorisation de métiers essentiels y compris sur le plan de la rémunération ; parce qu’on s’aperçoit d’un coup qu’ils sont des métiers extrêmement importants.

 

1er avril 2020

force-ouvriere.fr