Éducation nationale : FO s’oppose à une reprise au prix de la santé

Il faut qu’un maximum de Français reprennent le travail a martelé le ministre de l’Économie. Pour que cela soit possible, on comprend bien qu’un maximum d’enfants doit retourner à l’école. Vaille que vaille ? Coûte que coûte ? HORS DE QUESTION, répond la Fédération FO des personnels de l’Éducation nationale. Les conditions sanitaires ne sont toujours pas réunies pour une reprise, même progressive, constate-t-elle. Forte des désormais 54 000 signatures et plus que sa pétition pour un dépistage généralisé des élèves et des personnels a recueillies en quelques jours, elle soutiendra les personnels qui voudront exercer leur droit de retrait ou se mettre en grève, a-t-elle annoncé. Elle a d’ores et déjà lancé une procédure d’alerte pour danger grave et imminent et déposé un préavis de grève.

Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, n’y est pas allé par quatre chemins. Mon message est très simple : il faut que nous nous retroussions les manches tous ensemble. Il faut reprendre le travail et il faut qu’un maximum de Français reprennent le travail, a-t-il déclaré le 29 avril, au lendemain de la présentation des grandes lignes du plan gouvernemental de déconfinement par le Premier ministre. À la suite de quoi, le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, a confirmé la réouverture progressive des écoles.

Oui, mais voilà… Pas un jour ne passe sans que des maires n’annoncent leur décision de garder leurs écoles fermées, sans que des organisations de parents d’élèves départementales n’appellent les familles à ne pas y envoyer leurs enfants, sans que des personnels et des syndicats n’envoient aux autorités des courriers exprimant leur refus de reprendre dans des conditions sanitaires insuffisantes.

La dangereuse feuille de route du gouvernement

Face à cette inquiétude et à cette colère de plus en plus palpables des personnels, des familles, et des élus locaux, sur les conditions de la reprise, le gouvernement a dû en appeler au volontariat des parents pour renvoyer leurs enfants en classe.

Les plus petits pourront donc retourner à la crèche (par groupes de dix maximum) et les un peu plus grands à la maternelle et à l’école primaire à partir du 11 mai. Les collèges ne rouvriront qu’à partir du 18 mai, dans les départements peu infectés, en commençant par les classes de 6e et de 5e. La réouverture des lycées ne serait considérée que fin mai.

Malheureusement, le protocole sanitaire national proposé par le gouvernement pour encadrer ce déconfinement scolaire est très loin de lever les craintes.

Le ministère s’obstine en effet à ne pas tenir compte de l’avis du CHSCT national du 3 avril favorable à un dépistage généralisé aux personnels et aux élèves en préalable à toute reprise d’activité, comme demandé par la fédération FO et… préconisé par l’OMS (Organisation mondiale de la santé). Le gouvernement n’envisage qu’un dépistage des personnes présentant des symptômes, alors que l’on sait pertinemment que la plupart des enfants peuvent justement être asymptomatiques tout en étant porteurs du virus et donc contagieux.

Des masques non réglementaires et non obligatoires ?

Les masques promis sont les masques en tissu destinés au grand public et non les masques FFP2, les seuls reconnus comme une protection individuelle suffisante par le Code du travail. De plus, le port du masque pour les enfants ne serait obligatoire ni dans les écoles maternelles, ni dans les écoles primaires.

Les gestes barrières ? Les distances de sécurité ? Le protocole limiterait le nombre d’élèves à 15 dans une classe de 50 m2, de façon à pouvoir espacer les bureaux de plus d’un mètre. Tous les collègues, en particulier les directeurs d’école et les chefs d’établissement nous disent que c’est impossible, rapporte Clément Poullet, secrétaire général de la FNEC-FP FO. Impossible au vu de la configuration des locaux, impossible au vu du matériel disponible, et impossible au vu des effectifs enseignants…

Et quid des cantines, des couloirs, des cours de récréation, de l’accueil des enfants ayant des besoins particuliers ?

Le risque est de créer des bombes épidémiologiques dans les écoles

Dans ces conditions, le risque est de créer des bombes épidémiologiques dans les écoles, alerte Clément Poullet. Dans le secondaire, la reprise effective des cours ne devrait pas se faire avant septembre prochain, tant pour les collèges que pour les lycées, estiment les chefs d’établissements FO.

Sans un dépistage généralisé et régulier des personnels et des élèves, sans les mesures de protection sanitaire nécessaires, toute reprise est inacceptable, résume la FNEC FP FO. Elle a donc décidé d’enclencher la procédure d’alerte pour danger grave et imminent (applicable à la Fonction publique depuis 1995). Dans ce cadre, elle soutiendra tous les personnels qui voudront exercer leur droit de retrait, a-t-elle annoncé ce 30 avril. De plus, elle a déposé un préavis de grève pour couvrir ceux qui décideraient de se mettre en grève.

Dans un contexte où les « visio-réunions » syndicales et les « visio-assemblées générales » se multiplient aux quatre coins du pays, la pétition numérique lancée par la fédération FO, le 19 avril au soir, a d’ores et déjà recueilli plus de 54 000 signatures. Ses signataires considèrent que sans dépistage généralise, sans les mesures de protection nécessaires, toute reprise est inacceptable. Et ils précisent : Nous refusons que l’école et nos vies soient la variable d’ajustement des besoins du Medef.

2 mai 2020

Evelyne Salamero

Journaliste l'InFOmilitante