« Fonction Publique : nous aussi nous sommes déterminés ! »

dixit Yves Veyrier Secrétaire Général de FO qui était l’invité du soir de Marc-Olivier Fogiel sur RTL le 27 mars, afin de répondre aux annonces du Secrétaire d’État Olivier Dussopt sur la réforme de la Fonction Publique.

Retranscription de l’interview...

Marc-Olivier Fogiel : La réforme de la Fonction Publique a été présentée aujourd’hui en conseil des ministres on l’a entendu, l’objectif la rendre plus attractive et plus réactive face aux nouvelles attentes des citoyens. Vous avez vu lors du Grand Débat les français réclamaient une meilleure fonction publique ? Il y a 5 millions et demi de fonctionnaires en France, 40% de plus qu’il y a 40 ans, soit un quart de la dépense publique mais les résultats ne sont pas au rendez-vous, cette réforme franchement elle s’imposait ?

Yves Veyrier : Les résultats ne sont pas au rendez-vous ? Je ne suis pas d’accord ! Le service public est en règle générale plébiscité. On a un sondage régulièrement réalisé sur la confiance des français dans les institutions, ce qui arrive en tête c’est la fonction publique hospitalière.

Marc-Olivier Fogiel : La réforme pour vous ne s’imposait pas ?

Yves Veyrier : La réforme, elle est continue. La fonction publique s’est adaptée depuis tout le temps, y compris avec l’évolution du numérique, beaucoup ! Le prélèvement à la source, par exemple (nous n’étions pas d’accord avec le principe) ce sont des fonctionnaires des finances qui ont travaillé pour que ça fonctionne et il n’y a pas eu de gros couac, ni de bug.

Marc-Olivier Fogiel : Mais quand vous voyez par exemple cette étude de l’inspection générale des finances sur le temps de travail des fonctionnaires d’État qui montre que trois fonctionnaires sur dix travaillent moins de 35h. Gérard Darmanin hier sur RTL : « l’État doit être un meilleur DRH ». Pour vous, on peut continuer comme ça, y’a pas une nécessité à réformer ?

Yves Veyrier : J’ai quand même le sentiment que les fonctionnaires de l’inspection générale des finances ne sont peut-être pas allés suffisamment sur le terrain ces derniers temps parce qu’on a l’impression, au vu de la prise de connaissance du rapport, qu’il a été fait sur des circulaires qui ne sont plus, pour certaines d’entre elles, d’actualité. Je prends un exemple, la culture. On nous parle de la semaine Malraux. C’est vrai qu’il y avait une semaine qui existait mais elle a été intégrée dans l’ensemble du temps de travail. Aujourd’hui en réalité ils travaillent 39 heures par semaine, donc ils font 1607 heures en moyenne mais, comme ils sont à 39h et non pas 35h, ils récupèrent pour partie sur des jours de congés.

Marc-Olivier Fogiel : Donc clairement ce que vous nous dites ce soir c’est que cette réforme n’est pas nécessaire ?

Yves Veyrier : La réforme elle est continue, celle-ci n’est pas nécessaire. J’ai vu l’interview de Mr Dussopt dans un quotidien ce matin où il annonce : « l’objectif n’est pas de multiplier les contrats courts, ni de créer de la précarité ». Mais toute la suite c’est : embaucher plus facilement des contractuels, recruter des contrats de mission sur la base de 1 an à 6 ans maximum, faciliter la rupture conventionnelle y compris pour les fonctionnaires titulaires, c’est-à-dire le départ. Je ne suis pas sûr que ce soit ainsi qu’on va rendre attractive la fonction publique et la rendre plus efficace du point de vue du citoyen et du service rendu.



Marc-Olivier Fogiel : Mais vous l’entendez, il dit que la fonction publique doit s’adapter au monde du travail actuel, quelle soit plus flexible, le gouvernement veut accompagner la mobilité des fonctionnaires vers le privé, il prévoit des incitations, des accompagnements personnalisés. On se dit qu’en 2019, peut-être que la nouvelle fonction publique doit être plus moderne.

Yves Veyrier : On vient d’avoir une négociation sur l’assurance chômage où on a cru comprendre que le gouvernement voulait nous donner des leçons sur la façon de négocier notamment sur la question des abus en matière de contrats courts. Le gouvernement, le Président de La République avait annoncé lui-même, dans son programme, un bonus-malus. On a essayé de négocier. FO a fait une proposition très efficace sur le bonus-malus, j’attends toujours que le gouvernement agisse en la matière. Mais ce qu’il nous propose, a contrario, c’est de précariser la fonction publique, les fonctionnaires.

Marc-Olivier Fogiel : 25% de la fonction publique est contractuelle.

Yves Veyrier : Exactement. Les fonctionnaires ne chôment pas, ils travaillent, ils sont adaptés, ils s’adaptent aux évolutions des techniques des organisations de travail contrairement à ce qu’on pense. J’en ai vraiment marre que l’on véhicule systématiquement que la fonction publique, le service public, est une dépense ; chaque fonctionnaire maintenant, je l’avais déjà dit, se promène ou a l’impression de se promener avec une pancarte sur le dos « je suis une dépense ».

Marc-Olivier Fogiel : Quand le gouvernement maintient la suppression de 120 000 postes d’ici 2022, faire mieux avec moins pour vous, vous dites c’est impossible !?

Yves Veyrier : Quand la révision générale politique publique (RGPP) a été mise en œuvre sous la présidence de Mr Sarkozy, on ne remplaçait pas un fonctionnaire sur deux qui partait à la retraite. Cela avait été calqué sur une revue générale des politiques publiques au Canada, qui, dans les années 90, avait engagé une grande réforme visant à réduire la dépense publique. Aujourd’hui France stratégie nous dit qu’en France on a un taux de 89 emplois publics pour 1000 mais que le Canada aujourd’hui a un taux supérieur parce qu’entre temps il s’est heurté à des difficultés pour assurer la continuité du service public et a dû reprendre le recrutement d’agents publics. Quand on prend un exemple au départ peut - être que de temps en temps il faudrait le prendre jusqu’à l’arrivée.

Marc-Olivier Fogiel : J’entends ça ; mais on a un peu l’impression d’entendre les mêmes arguments qu’il y a un an lors de la réforme de la SNCF et puis finalement la réforme est passée. On entend vos arguments mais est-ce que, comme la SNCF finalement cette réforme ne va pas se faire malgré vous ?

Yves Veyrier : Moi, les arguments des gouvernements sur la fonction publique, l’adaptabilité… ça fait 30 ans que j’entends « réforme de la fonction publique », « révision générale politique publique »…

Marc-Olivier Fogiel : Comme on entendait depuis 30 ans, réforme de la SNCF et puis ça s’est fait !

Yves Veyrier : Ah mais le gouvernement m’a l’air déterminé, c’est très clair. Mais nous allons lui faire comprendre, et on est en train d’essayer de lui faire comprendre, toutes les organisations syndicales se sont exprimées contre ce projet de réforme, et bien que nous aussi nous sommes déterminés !



Marc-Olivier Fogiel : Une journée de grève est prévue le 9 mai prochain vous allez vous y joindre à ce mouvement ?

Yves Veyrier : Mes camarades fonctionnaires vont décider. Aujourd’hui, tout le monde est dans l’action, jour de présentation du projet de loi au conseil des ministres. FO avec les syndicats, les fédérations de la fonction publique étaient dans l’action et nous allons voir dans les jours qui viennent. Un mouvement s’est largement engagé dans le secteur de l’éducation nationale depuis le 19 mars. Nous sommes vraiment déterminés parce qu’on croit vraiment à ce que l’on défend. C’est à la fois la situation des agents qui travaillent dans le service public, dans la fonction publique ; c’est également le service public ! C’est un élément essentiel de la République sans lequel la liberté, n’existe pas : l’égalité et la fraternité, au sens de la solidarité, qu’accomplit ou garantit le service public.

28 mars 2019

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