Grève SNCF :

LES CHEMINOTS TOUJOURS MOBILISÉS ET BIEN ENTOURÉS. Face à la mobilisation des cheminots, qui ne faiblit pas, contre le projet de réforme de la SNCF et alors que la solidarité syndicale interprofessionnelle avec les grévistes s’organise, le chef de l’État Emmanuel Macron a décidé de se jeter dans l’arène par une allocution télévisée ce jeudi 12 avril à 13 heures pour tenter de gagner ce que les commentateurs appellent « la bataille de l’opinion ». De son côté, la fédération FO Cheminots a ouvert ce même jour une cagnotte en ligne sur laquelle les soutiens financiers aux grévistes peuvent être versés (voir lien ci-dessous). Le bras de fer se poursuit.

En présence de moins d’une centaine de députés sur 577, l’Assemblée nationale a adopté en ce début de semaine le premier article du projet de réforme de la SNCF. Celui-ci autorise le gouvernement à transformer l’établissement public en société anonyme et à mettre fin au statut des cheminots pour les futurs embauchés. Cet article d’habilitation à légiférer par ordonnances a été voté par 58 voix contre 28.

Les cheminots, incontestablement beaucoup plus nombreux que les députés à s’intéresser au sort du service public ferroviaire, étaient des centaines à manifester leur opposition au projet de réforme aux abords de l’hémicycle à l’ouverture du débat parlementaire le 9 avril. Des défilés ont également eu lieu à Lyon, Lille ou Marseille. Chaque fois, des délégations d’autres secteurs étaient présentes pour les soutenir.

La mobilisation des cheminots toujours aussi forte

Simultanément ce 9 avril, ils étaient de nouveau des dizaines de milliers en grève dans tout le pays, toujours aussi déterminés à empêcher le processus de privatisation de la SNCF. Alors qu’il s’agissait de la quatrième journée de mobilisation (3 et 4 puis 8 et 9 avril), et même de la cinquième si l’on compte la journée du 22 mars, les observateurs ont pointé les forts taux de grévistes.

Depuis, les assemblées générales qui rassemblent chacune quotidiennement des dizaines, voire souvent des centaines de grévistes dans les gares, dépôts, ateliers de la SNCF, ont confirmé la volonté des cheminots de remporter le bras de fer.

Au point, que le président Emmanuel Macron en personne a jugé bon d’entrer dans l’arène en programmant une allocution télévisée ce 12 avril à 13 heures, quelques heures donc avant le prochain épisode de grève…

FO Cheminots met en place sa cagnotte de solidarité en ligne

À la force de la grève, s’ajoute le fait que les cheminots sont loin d’être isolés et reçoivent des soutiens et des messages de solidarité de plus en plus nombreux, ce qui vient fortement contredire l’espoir du gouvernement de dresser les usagers contre les grévistes.

Signe des temps, la cagnotte en solidarité avec les cheminots grévistes lancée par des personnalités le 23 mars dernier a d’ores et déjà récolté 660 000 euros. Ces fonds, ont expliqué les initiateurs, seront redistribuées aux organisations syndicales de cheminots au prorata de leur taux de représentativité nationale déterminé dans le cadre de la loi de 2008.

Les organisations syndicales elles-mêmes se préparent à un mouvement qui promet de durer.

La fédération FO Cheminots lance ainsi sa propre cagnotte en ligne. D’ores et déjà, depuis plusieurs jours, les motions de solidarité et les soutiens financiers adressés par les fédérations et unions départementales FO se multiplient. Les soutiens ainsi récoltés s’ajouteront à celui du fonds de solidarité de la Confédération.

Tout cela ne sera pas de trop dans la mesure où, contrairement à ce qui a pu être raconté, les cheminots ne sont pas payés quand ils font grève.

Les raisons de la solidarité interprofessionnelle avec les cheminots

Le projet de loi du gouvernement, dont le vote en première lecture est prévu pour le 17 avril, établit très exactement qu’à compter du 1er janvier 2020, la société nationale à capitaux publics SNCF et ses filiales constituent un groupe public unifié qui sera soumis aux dispositions du code du commerce relatives aux sociétés anonymes et aura un capital intégralement détenu par l’État.

L’argument mis en avant par le gouvernement, à savoir que le groupe restera à capitaux 100 % publics, ne suffit visiblement pas à enrayer la mobilisation. Les expériences passées de GDF devenu GDF Suez et de France Télécom devenue Orange, deux entreprises dans lesquelles l’État n’a pas tardé à passer de majoritaire, et même actionnaire unique dans le cas de la deuxième, à minoritaire, restent gravées dans les mémoires. Et pas seulement dans celles des cheminots.

Les gaziers et électriciens savent mieux que quiconque que l’introduction à la concurrence n’a rien apporté de bon. Les gaziers savent aussi ce que valent les engagements des pouvoirs publics lorsqu’ils proclament la main sur le cœur que la SNCF ne sera pas privatisée ! Chacun voit maintenant ce qu’est devenue l’ancienne Gaz de France !, dénonce notamment la Fédération FO Energie et Mines dans un communiqué de solidarité et de soutien aux cheminots en grève.

La provocation du gouvernement consistant à présenter le statut des cheminots comme l’obstacle à la modernisation de la SNCF est inacceptable […]. Ce gouvernement remet en cause notre modèle social, basé sur l’égalité des droits. Défendre les garanties collectives, améliorer les droits des salariés, combattre l’ouverture au marché des missions de service public, c’est le rôle du syndicalisme libre et indépendant tel que le conçoit Force Ouvrière, souligne l’Union inter-fédérale des agents de la Fonction Publique (UIAFP-FO).

Tous issus d’entreprises privées nous ne sommes en aucun cas jaloux des salariés sous statuts publics. Bien au contraire…

Comme fonctionnaires, avec les salariés de la SNCF, nous savons que la défense du statut des cheminots c’est la défense de tous les statuts, de toutes les conventions collectives, de tous les services publics, tous mis en cause à l’école, dans les universités, à l’hôpital et dans tous les services publics par la politique du gouvernement, explique la Fédération FO de l’Enseignement, de la Culture et de la Formation professionnelle (FNEC-FP FO).

Du côté du secteur privé, la fédération des Transports et de la logistique FO (transports routiers) n’est pas en reste : À la FNTL FO/UNCP nous sommes tous issus d’entreprises du privé et nous ne sommes en aucun cas jaloux des salariés sous statuts publics. Bien au contraire, si nous pouvions améliorer les conditions de travail et de rémunération des salariés de nos branches en les rapprochant au maximum des agents sous statuts nous n’hésiterions pas une seule seconde, expliquent les militants FO dans un communiqué de soutien aux cheminots.

Et la concertation ?

Si la ministre Elisabeth Borne estime avoir fait des concessions dans le cadre de la concertation que le gouvernement a initiée avec les organisations syndicales, celles-ci ne concernent en réalité que les modalités d’application des trois dogmes fondateurs du projet de réforme, à savoir : l’ouverture à la concurrence, la fin du statut, et la transformation de la SNCF en société anonyme.

La ministre promet ainsi que les cheminots qui seraient transférés dans des entreprises privées en cas de perte de marché par la SNCF, conserveraient « l’essentiel » de leurs garanties statutaires. Les nouveaux embauchés eux seraient couverts par une convention collective de branche, forcément moins protectrice pour les cheminots que le statut puisqu’il faudra avant tout protéger la compétitivité dans le cadre d’un « marché » ouvert à la concurrence. Une convention collective à laquelle, qui plus est, les employeurs pourraient déroger par accord d’entreprise, en application des ordonnances sur la réforme du code du travail.

FO Cheminots refuse de co-légiférer

La ministre se targue aussi d’avoir proposé aux organisations syndicales de proposer des amendements au projet de loi par l’intermédiaire des groupes parlementaires.

La réponse de FO Cheminots ne s’est pas fait attendre : En quoi syndicalisme et politique doivent-ils mélanger les genres alors que ce gouvernement a décidé tout seul de tout casser et nous reçoit depuis un mois et demi dans sa fausse négociation appelée concertation, en quoi cette méthode est-elle responsable ?.

La fédération FO, refusant d’aider le gouvernement dans sa sale besogne, a réaffirmé sa revendication d’un retour à une SNCF une et indivisible sous monopole public et appelle à amplifier le mouvement pour faire céder le gouvernement et le forcer à retirer son projet de réforme mortifère pour le service public et mortifère pour les cheminots

photographie F. Blanc (CC BY-NC 2.0)                                                                                                                                                                                                                                                                          12 avril 2018 

Evelyne Salamero

force-ouvriere.fr