Hôpital : un plan en trompe l’œil et pas du tout à la hauteur

Alors que les personnels hospitaliers sont dans l’action depuis neuf mois, revendiquant moyens financiers, effectifs et reconnaissance salariale, le gouvernement a annoncé le 20 novembre « un plan d’urgence » pour l’hôpital. Pour FO, ce plan est totalement insuffisant.

Le « plan d’urgence » pour l’hôpital annoncé ce 20 novembre par le Premier ministre, Édouard Philippe, et la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, propose la reprise de la dette des établissements à hauteur de dix milliards d’euros sur trois ans (la dette globale était évaluée à 30 milliards en 2017).

Tout en conservant la trajectoire budgétaire prévue, le gouvernement propose aussi d’augmenter le budget des hôpitaux (se situant autour de 80 milliards d’euros) de 1,5 milliard d’euros sur trois ans dont 300 millions dès 2020. Cent-cinquante millions émanant du ministère de la Santé s’y ajouteraient et serviraient au soutien à l’investissement courant (petits achats, rénovations…) dans les hôpitaux. Par ailleurs aurait lieu prochainement le déblocage des crédits (400 millions d’euros) gelés en début d’année.

Tout ce plan vise à redonner de l’oxygène à cette communauté de soignants indique le Premier ministre, Édouard Philippe. Reste que les agents demandent plutôt à ce que les hôpitaux et eux même reçoivent vraiment de l’air frais et de manière pérenne et non une dose homéopathique d’oxygène censée donner illusion d’une possible respiration.

Pour la fédération FO des Services publics et de Santé (FO-SPS), rappelant que le gouvernement compte poursuivre en l’accentuant le plan Ma santé 2022 lequel participe par moult restructurations/fusions de structures à supprimer des établissements, services, lits et personnels, les moyens alloués par ce plan sont donc très largement insuffisants et ne régleront pas les maux de l’hôpital.

Seulement 250 millions de plus par an

En quelques propos cinglants, la fédération résume ainsi : ce plan d’urgence se réduit à quelques mesurettes pour quelques-uns et rien pour les autres. La SPS-FO s’interroge ainsi à propos de la reprise partielle de la dette : qui seront les gagnants et les perdants mais surtout à quelles conditions ?

Quant-au financement, l’annonce d’un relèvement de l’Ondam (progression de la hausse des dépenses) desserré en 2020 à 2,45% contre 2,1% initialement, nécessite d’être mis en perspective. Cet Ondam se situait à 2,3% l’an dernier, la progression supplémentaire des dépenses serait donc limitée à 0,15 point sur 2019-2020, ce qui, s’indigne FO, est très insuffisant face aux besoins constatés dans l’ensemble des hôpitaux. Il faudrait au minimum un Ondam à 4,4% par an (soit 4 milliards d’euros de progression).

Or, pointe encore la SPS-FO, par le plan annoncé, la progression réelle des dépenses sera restreinte à 250 millions par an. Concrètement en effet, sur les 1,5 milliards d’euros annoncés, il faut ôter les 750 millions d’euros déjà dédiés au plan pour les urgences. Il reste donc 750 millions sur trois ans, soit 250 millions par an. Cela n’empêche pas le gouvernement de spéculer déjà sur l’avenir en estimant que les hôpitaux, prétendument mis désormais en situation de pouvoir réduire leur déficit et de se lancer dans des investissements, obtiendront bientôt 800 millions d’euros de marge de manœuvre.

FO demande des mesures générales pour les agents

Du côté des annonces « salariales », le mécontentement de FO est aussi de mise. Le gouvernement prétend à des mesures relançant l’attractivité des carrières à l’hôpital en annonçant la revalorisation de primes pour certains, l’attribution d’indemnités pour d’autres sans oublier une « enveloppe » qui servirait à récompenser le mérite individuel de personnels... Pour la SPS-FO, ces mesures ne sont que du saupoudrage.

Et de noter que seuls les infirmiers et aides-soignants vivant à Paris et en petite couronne percevront la prime de 800 euros net par an. Que seuls encore les professionnels de santé bénéficieraient d’une prime annuelle au mérite de 300 €/an. Autre saupoudrage ? Une revalorisation de la prime d’engagement dans la carrière hospitalière, une prime de 100 €, sous conditions, aux aides-soignants qui exercent en Ehpad.

Ce plan se distingue par une absence totale de mesures générales pour l’ensemble des catégories de personnels administratifs, ouvriers et techniques, et de toute la filière soignante déplore la SPS-FO. La Fédération qui soutient les mouvements des personnels hospitaliers depuis de longs mois demande donc l’augmentation générale immédiate des salaires à hauteur de 16 % de la valeur du point d’indice pour rattraper la perte du pouvoir d’achat depuis 2000, soit 300 € pour tous.

Plus largement, elle appelle tous les agents avec ses syndicats à se mobiliser, à partir du 5 décembre, pour obtenir un vrai plan Marshall pour l’hôpital avec une véritable reconnaissance salariale pour tous, des effectifs à la hauteur des besoins, et défendre notre régime de retraite.

20 novembre 2019

Valérie Forgeront

www.force-ouvriere.fr