« Il faut sécuriser les secteurs essentiels et ne pas ajouter un risque sur la santé des salariés en accroissant la quantité et la durée de travail »

dixit Yves Veyrier, Secrétaire Général de Force Ouvrière ce 22 mars sur France info, réagissant à l’adoption du projet de loi d’urgence sanitaire.

Yves Veyrier : Vous savez il a quand même fallu qu’on s’y mette à 8, les 3 organisations patronales et les 5 confédérations syndicales, jeudi dernier, lorsque la Ministre, Madame Pénicaud, nous a présenté ce projet de loi sur ces dispositions. Parce qu’il y a les congés, mais il y a aussi l’alinéa qui prévoit de pouvoir bouger sur les RTT et les jours de repos du compte épargne temps, ou encore de déroger aux règles en matière de temps de travail, de durée du travail, de repos hebdomadaire, de repos dominical. Et sur ces deux autres aspects, là par contre, pour le moment le gouvernement n’a pas bougé. Ce qui est quand même extraordinaire, c’est cette défiance un peu systématique de la part du gouvernement sur le dialogue social et la négociation collective. C’est ce qui a expliqué d’ailleurs que nos organisations, les organisations patronales et les confédérations syndicales, se réunissent de façon autonome pour réaffirmer l’importance de la négociation collective.

Mais comme vous dites, d’ailleurs sur ce point précis le Medef était finalement à vos côtés ?

Oui, parce qu’en réalité, dans les entreprises, les choses se mettent en place par le dialogue social. La priorité des priorités c’est : 1) ne pas aller travailler quand ce n’est pas indispensable. 2) lorsqu’on est dans les secteurs essentiels, évidemment la santé, mais aussi ce qu’il y a autour, l’approvisionnement, l’alimentation… d’assurer que les conditions de sécurité soient remplies. Et là, la priorité, ce n’est pas tellement la question des jours de congés en ce moment, très franchement ! La priorité des priorités c’est d’assurer que les gestes barrières sont bien mis en place, et donc c’est travailler sur l’organisation du travail pour éviter le confinement à plusieurs, en l’occurrence, le rassemblement à trop nombreux. C’est s’assurer qu’on est bien séparés les uns des autres. Tout ça se met en place dans le cadre du dialogue social, la négociation collective. Il y a plein d’exemples.

Mais sur ce point précis, vous parliez à l’instant de défiance vous pensez qu’il y a eu une tentative de passage en force du gouvernement profitant de la situation sanitaire actuelle pour rogner sur le droit du travail ?

YV : Il y a des messages contradictoires. Dans un premier temps, le gouvernement, qui a compris qu’il fallait absolument aller vers un confinement, a ouvert très largement l’aide publique à l’activité partielle, donc permettre aux entreprises de ralentir voire de soutenir l’activité tout en garantissant la pérennité de l’entreprise et de l’emploi, ça c’est plutôt le bon signal qu’il fallait donner. Tout d’un coup on nous dit : « ah oui, mais ça va peut-être coûter trop cher, donc si on pouvait faire des congés à la place ». Et puis dans le même temps, on nous dit qu’il faut garantir un minimum d’activité, donc on ne comprend plus très bien ! Sur cette histoire de congés, franchement, c’était complètement inutile !

Même vu la fragilité économique actuelle ? Selon vous, c’est totalement inutile ? Il ne faut pas qu’il y ait de latitude comme ça pour les employeurs sur cette question des congés ?

YV : Mais aujourd’hui l’urgence c’est de sécuriser les salariés qui sont mobilisés sur les secteurs d’activité essentiels. Le reste on attendra ! L’Italie vient de décider d’arrêter toute la production non essentielle. Plus vite on se concentrera sur l’essentiel, plus vite on viendra à bout de cette épidémie, plus vite on pourra se préoccuper de la reprise de l’économie.

Ce que vous avez obtenu, cet accord de branche ou d’entreprise, finalement cela change quoi sur le problème actuel des congés ?

YV : Franchement, c’est complètement accessoire, en tout cas pour six jours de congés. Réunir les interlocuteurs sociaux pour aller vers un accord d’entreprise ou de branche pour pouvoir jouer sur six jours de congés, très franchement, ce n’était pas indispensable. Mais bon, voilà, le gouvernement a compris qu’il fallait passer par le dialogue social et la négociation collective parce qu’on s’y est mis à 8 [confédérations syndicales et organisations patronales] quand même. Tant mieux, c’est toujours ça. Maintenant on va être attentifs à ce que les ordonnances entendent mettre en œuvre sur les dérogations au temps de travail, à la durée du temps de travail, au repos hebdomadaire, au repos dominical.

Notamment dans les petites structures ?

YV : Là où il faut sécuriser les secteurs essentiels, les salariés travaillant dans les secteurs essentiels, on ne va pas ajouter un risque sur la santé des salariés en accroissant la quantité de travail et la durée du travail, le travail de nuit, le travail dominical. Il vaut mieux faire l’inverse. Il faut les protéger, alléger. C’est ce qu’on mis en place, d’ailleurs, un certain nombre d’entreprises. On ralentit la production. On réduit les plages d’ouverture des commerces. On complète les équipes, plutôt que de tout faire peser sur le dos des mêmes, parce que si c’est pour les épuiser, puis se retrouver avec des arrêts de travail liés à la fatigue, on aura tout perdu.

23 mars 2020

Yves Veyrier