Inégalités : le grand écartèlement

La richesse des milliardaires dans le monde a augmenté de 900 milliards l’an dernier, soit au rythme de 2,5 milliards par jour, alors que celle de la moitié la plus pauvre de la population de la planète a chuté de 11%, selon des chiffres publiés par l’ONG britannique Oxfam le 21 janvier 2019 à la veille de l’ouverture de la réunion annuelle du Forum économique de Davos réunissant le gratin de l’économie mondiale.

Oxfam a aussi calculé que 26 milliardaires possèdent aujourd’hui autant d’argent que la moitié la plus pauvre de l’humanité et que le budget de santé de l’Ethiopie correspond à 1% de la fortune de l’homme le plus riche du monde, le patron d’Amazon, soit 112 milliards de dollars en 2018. Bref, la concentration de la richesse s’est plus que jamais accentuée en 2018, selon cette organisation britannique, pour qui ce gouffre qui s’élargit alimente la colère dans le monde.

Les inégalités de patrimoine renforcent celles de revenus

Si les méthodes de calcul d’Oxfam peuvent être contestées, il n’en reste pas moins que la montée des inégalités ne cesse de s’accentuer ces dernières années. En mai 2015, l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques, fondée en 1961) s’alarmait déjà : Depuis la crise, les disparités se sont aggravées, et dans de nombreux pays de l’OCDE, les inégalités atteignent désormais leur plus haut niveau depuis que des données sont recueillies. Cette organisation, aux sympathies pro-libérales pourtant affichées, notait également qu’en France, les inégalités avaient augmenté plus nettement qu’ailleurs dans l’OCDE entre 2007 et 2012 et que les 10% de personnes ayant les revenus les plus faibles ont plus sévèrement subi la crise. Leur revenu a baissé de 1% par an en moyenne. Et de souligner que les inégalités de patrimoine renforcent les inégalités de revenus. Les 10% les plus aisés en termes de patrimoine détiennent la moitié du patrimoine net des ménages, ce qui coïncide avec la moyenne au sein de l’OCDE. Les 40% les plus pauvres détiennent moins de 2% du patrimoine, ce qui est inférieur à la moyenne dans l’OCDE (3,3%).

Dix fois plus

Dans son édition 2018 « Les revenus et le patrimoine des ménages », l’Insee n’a pu que constater que les inégalités de patrimoine ont augmenté entre 1998 et 2015, et que les 10 % les moins bien dotés possèdent principalement des comptes courants et produits d’épargne réglementés et des biens durables, et sont par ailleurs endettés. Par ailleurs être propriétaire ne signifie pas forcément être riche puisque 16,2% du quart le plus modeste de la population française est propriétaire, selon l’Observatoire des inégalités.

Toujours en matière de revenus, la France se classait en 2017 en deuxième position en Europe pour le niveau moyen de vie des plus riches, selon l’Observatoire des inégalités, se fondant sur des données d’Eurostat, le bureau européen des statistiques. Ainsi, les 1 % les plus aisés ont un niveau de vie mensuel d’au moins 7 600 euros, contre 5 000 euros pour la moyenne de la population la plus riche de l’Union européenne. L’Insee a concédé récemment que le revenu disponible moyen [NDLR : revenus dont prestations sociales moins les impôts directs] par ménage en euros constants avait reculé de 440 euros au cours de la période 2008-2016, sans trop pouvoir l’expliquer clairement. Ce qui rend encore plus évidente la revendication de FO pour une augmentation générale des salaires. D’autant plus qu’en mars 2018, la Dress (Direction des études statistiques du ministère de la santé et des solidarités) estimait que côté pouvoir d’achat les 10% les plus modestes doivent se contenter en moyenne de 180 euros par mois pour financer transport, équipement, loisir ou habillement, mais aussi santé et dépenses alimentaires, alors que les 10% les plus riches disposent en moyenne de 1 890 euros. Soit dix fois plus.

29 janvier 2019

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