Les chiffres en trompe-l’oeil du chômage

D'après le gouvernement, les derniers chiffres du chômage seraient à la baisse. Encore faut-il savoir compter avec les bons outils ! Aperçus dans la presse...

Le tableau ne serait pas aussi idyllique. Dix jours après la publication de chiffres du chômage en forte baisse (-120 700 inscrits en catégorie A à Pôle emploi en 2019, une première depuis 2008) et trois jours après les résultats en forte hausse de l’apprentissage (+16% de jeunes sous contrat), ce sont les données des créations d’emploi qui s’envolent. D’après l’Insee, les entreprises ont en effet créé 40 700 emplois au dernier trimestre 2019, portant le nombre de nouveaux postes enregistrés sur toute l’année à 210 000. C’est 47 100 de plus qu’en 2018, mais 119 700 de moins qu’en 2017. Cela relativise un peu les choses ! Et le quotidien de conclure gravement : L’année 2020 ne devrait pas être aussi florissante, toujours en raison du tassement de la croissance qui va se faire davantage ressentir dans les entreprises. (Le Figaro)

Sans oublier les jeunes : Le calvaire des jeunes exclus du marché du travail et de la scolarité est loin de s’enrayer. Dans une étude publiée ce vendredi 7 février, le service des statistiques du ministère du Travail (Dares) a recensé plus de 963 000 jeunes âgés de 16 à 25 ans qui ne sont ni en études, ni en emploi, ni en formation. Et le site économique de préciser que cela touche 13% de cette classe d’âge, ce qui est énorme. (La Tribune)



Entre catégories oubliées et chiffres tronqués, nous sommes loin des cocoricos gouvernementaux. Ainsi, pour être catégorisé comme chômeur selon l’Insee, il faut rechercher activement un emploi, être immédiatement disponible, et ne pas avoir travaillé une seule heure sur la période de référence. Soit 2,424 millions de personnes au dernier trimestre 2019. Bien loin des 6,149 millions des demandeurs d’emploi encore inscrits à Pôle emploi en décembre 2019, toutes catégories confondues. Dans les statistiques de l’Insee, les demandeurs d’emploi qui ne cochent pas les bonnes cases – donc qui ne sont pas disponibles immédiatement et ne recherchent pas activement – sont transvasés dans la catégorie halo autour du chômage, qui, elle, a augmenté fortement et compte désormais 1,7 million de personnes. (L'Humanité)



Le quotidien a interviewé Mathieu Plane, directeur adjoint du département analyse et prévision de l’Observatoire français des conjonctures économiques, qui explique ce phénomène de « halo » : Quant au halo du chômage qui désigne les personnes souhaitant travailler mais n’apparaissant pas dans les statistiques, soit 1,7 million de personnes, son augmentation est contre-intuitive. Normalement, lorsque le marché du travail est dynamique avec un fort retour de l’activité comme actuellement, ce halo devrait baisser. Or ce n’est pas le cas. Soit c’est structurel et ce serait le plus embêtant puisque cela supposerait que l’éloignement du travail est définitif pour les plus précarisés.... D’autant que ce halo ne prend pas en compte les 200 000 SDF et que les chiffres de l’Insee sont parfois remis en cause par les chercheurs-géographes. (Libération)



Et la dernière réforme de l’assurance-chômage n’arrange rien, surtout chez les saisonniers. Du côté des saisonniers, on assume totalement ce mouvement de grève [15 février] lancé par la CGT et FO dans une quarantaine de stations françaises. Nous nous battons pour survivre entre nos contrats. Et aujourd’hui, on se demande si l’on va pouvoir nourrir nos familles, payer nos logements, nos traites, clame Pascal Claverie, délégué FO et pisteur-secouriste. (Le Parisien)

Photographie © Jean-Claude MOSCHETTI/REA

18 février 2020

Christophe Chiclet

www.force-ouvriere.fr