« Tourist, go home ! » (cliquer ICI pour intégralité de l'article)

C'est ce qu’on peut lire ici et là, sous toutes les déclinaisons, dans les lieux hyper touristiques révélant un problème de société, en France comme ailleurs, que n’ont pas solutionnées jusqu’ici les mesures mises en œuvre pour en sup- primer ou atténuer les conséquences pour les villes et territoires et ceux qui y vivent et travaillent

Si en effet la société du XXIe siècle est marquée par un mouvement général d’individualisation des choix de consommation, le secteur du tourisme présente encore des phénomènes de masse. Les raisons sont simples ; elles conjuguent des facteurs météorologiques (le climat océanique dégradé en France) et économiques et sociaux (le peu de congés payés légalement octroyés aux salariés et le choix des mois de juillet et surtout août, par convention ou nécessités, comme ceux affectés aux vacances donc au tourisme).

Résultat : des bouchons, des prix des prestations qui s’envolent sur les lieux de villégiature, du monde partout, des cambriolages… La concentration touristique géographique et temporelle impacte des villes visitées qui peuvent décupler leur population en août créant notamment un traitement différencié quant à la gestion des déchets, des eaux usées qui est répercuté pour l’essentiel sur les autochtones via les taxes et impôts locaux. De même, le prix des logements loués sur ces lieux crée des bulles foncières obligeant les locaux à ne pas pouvoir vivre aux pays. Quant aux impacts sociaux, les besoins en main d’œuvre impliquent souvent une exploitation impitoyable de salariés jetables et/ou sous-payés, qui bénéficient d’une protection sociale trop souvent textuelle.

La spéculation immobilière qui en résulte, la flambée des loyers, la disparition de commerces de proximité au profit de bars, de restaurants et d’enseignes touristiques, l’engorgement des rues et des espaces publics ou bien encore les nuisances sonores et l’accumulation de déchets alimentent cette remise en cause du tourisme de masse que ne compense pas ou peu la croissance créée par ce sur-tourisme ; de ce point de vue, si l’on sait ce que rapporte le tourisme (7,2 % de PIB), aucun chiffre n’existe pas savoir ce qu’il coûte. Et pour cause, si les profits sont privatisés, les dégâts sont pour l’essentiel socialisés. Au moins faut-il constater plus objectivement que si la France s’enorgueillit d’être la première destination touristique du monde, elle n’arrive aujourd’hui qu’au quatrième rang en termes de recettes. C’est dire que notre tourisme est encore relativement un tourisme bas de gamme, et que dans les conditions actuelles, le tourisme ne rapporte pas ce qu’il nous coûte.

Alors que faire ? Doit-on comme à Barcelone (32 millions de touristes, soit près de 20 fois la population de résidents) interdire les nouvelles constructions dans le centre de la ville qu’il s’agisse d’hôtel, d’auberge de jeunesse ou encore d’appartement destiné à la location faisant volontairement le choix du déclin touristique et donc économique pour répondre aux préoccupations des habitants ?

En France dans ce pays qui ne sait être prescriptif qu’à compter du moment où les intérêts entrepreneuriaux n’ont pas à en souffrir, il n’en est rien. L’objectif d’accueil est fixé à 100 millions de touristes internationaux à l’horizon 2020 et le champ des solutions visent alternativement mais très modestement à la création d’une offre de tourisme durable et au renforcement du cadre juridique, afin d’empêcher le phénomène de « ville musée ». En réalité ces solutions ne visent que les plateformes de location de meublés touristiques de type AirBnB par souci fiscal et commercial sans répondre aux défis environnementaux, sociaux et civilisationnels et sortir le tourisme des chemins balisés de la routine et du conformisme marchand.

Si le « temps libre » ne se distingue plus du « temps de travail » par son management du temps contraint (bus/piscine/hôtel, vs métro/boulot/dodo), si le loisir touristique de masse dépend d’une offre uniforme ressortissant d’une logique quantitative et de rentabilité à l’image de l’usine ou de l’entreprise, si le tourisme est une économie de l’offre, ne faut-il pas promouvoir l’immobilité auprès de la demande comme nouvelle festivité, moins pas refus du monde que comme facteur de progrès ?

21 mai 2019

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Date: 
Mardi, 21 Mai, 2019

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